Assis dans un café italien sur Theobald Road, à Londres, nous sommes une petite dizaine à avoir accepté l’invitation. Autour de la table, la très grande majorité d’entre nous ont des postes dans
des banques d’investissement.
Qui nous a invités ?
Une journaliste de l’Express qui réalise un article sur les raisons qui poussent les jeunes Musulmans diplômés à quitter la France. A sa façon de poser les questions et d’orienter les réponses, on
a une idée de la manière dont elle nous perçoit : des « beurs » en mal de reconnaissance sociale et économique qui traversent la Manche pour échapper à la discrimination à l’embauche des grandes
entreprises françaises.
Le résultat : un piteux article que voici :
C’est très joli cette effusion de réussite, d’accomplissement professionnel et ces personnages bien lisses qui trouvent dans leur job la justice dont ils ont manqué plus jeunes. Le seul petit
problème c’est que le papier (en plus de contenir un tas d’erreurs factuelles) dit quelque chose de radicalement différent du contenu de notre discussion. Le sentiment majeur que nous avions
exprimé était celui d’une grande frustration de ne pas pouvoir être des Musulmans épanouis dans une France de plus en plus islamophobe qui nie notre identité et la réduit à celle de fils
d’immigrés tentant désespérément d’être des « Français comme les autres ». Par ailleurs, la moitié de ceux présents lors de notre rencontre n’ont pas grandi dans des cités, moi le premier (même
si ça fait bien de le dire). Il est donc curieux de voir l’amalgame systématique qui est fait, volontairement ou non, par des journalistes qui ont une vision fantasmée de ce que sont les Arabes,
les Noirs, les immigrés, les Musulmans et les gens ayant grandi dans des cités. Prenez un peu de ci, une pincée de ça, mélangez le tout et le tour est joué…
Un autre exemple de l’éthique journalistique en pleine action ?
Volontiers, j’en ai à la pelle (voire à la pelleteuse) : un ami fait suivre il y a quelques jours, sur une liste de diffusion, l’appel à témoignage suivant :
« Une journaliste de la radio Europe 1 recherche deux témoignages de personnes qui ont fait une demande auprès de leur direction ou d'un supérieur pour un arrangement relatif à l'islam (demande
du vendredi pour jumu'a, demande de faire la prière au boulot, demande de porter le hijab).
La journaliste a besoin d'un cas où après discussion la requête a été acceptée et d'un autre cas où ça a été refusé. »
Comme vous pouvez le constater, la journaliste en question a déterminé à priori ce qu’elle espérait entendre des entretiens, ainsi que la façon dont elle allait présenter les choses. Elle ne veut
pas d’abord écouter ce que les gens ont à dire sur le sujet puis se faire une opinion en fonction des avis exprimés. Au contraire : elle a une idée qu’elle veut présenter et cherche seulement des
éléments pour corroborer sa vision, des personnages réels à mettre en scène dans son scénario de science fiction. Et ce genre de distorsion de la réalité n’est rien en comparaison des
manipulations auxquelles nous avons droit sur la grippe A, sur la Palestine, sur les sans-papiers, etc.
Bien sûr, de la part des journalistes appartenant aux médias dominants, on ne s’attendait pas à beaucoup mieux, mais il y a quelque chose de profondément aliénant dans le fait de se voir
systématiquement mal entendus, voire ignorés dès que l’on affirme que ce qui guide notre vie, nos choix et notre identité est, avant tout, notre appartenance à l’Islam.
Le mythe du pays ou l’Islam est moins cher…
Face aux injustices dont nous sommes victimes en France, beaucoup d’entre nous se sont dit qu’il fallait partir faire notre vie ailleurs. Où ? Dans un pays fictif où l’Islam est plus facile à
pratiquer, où on serait mieux acceptés, où on ne nous regarderait pas de travers, où nos épouses ne seraient pas refusées à l’entrée des banques quand elles portent le hijab et où nos enfants ne
reviendraient pas de l’école en répétant comme des perroquets des chants de noël obligatoires appris à l’école laïque dès que le mois de décembre se profile.
Dans ce pays idéal(isé), « même le McDo est halal », « tu peux manger des steaks n’importe où », « personne te calcule si t’as une barbe », « il y a même des sœurs en hijab dans la police », « tu
peux prier au taf », etc.
Forcément, ça fait rêver…
Ce pays, miroir de quelques-unes de nos plus grandes frustrations, on en trouve des versions approximatives à Londres ou à Dubai, mais l’envers du décor est peu glorieux pour peu qu’on regarde
derrière l’affiche. Les légendes que l’on raconte au sujet de ces villes rappellent parfois celles que les immigrés vivant en France racontaient à leurs familles et leurs voisins au bled pendant
les vacances d’été : « La France ? Trop facile... ».
A Dubai, une ville a été construite de toutes pièces en important même les êtres humains qui manquaient pour faire une société, à grand renfort de dollars. Un univers artificiel, dans lequel on
circule par des couloirs et des centres commerciaux climatisés. Des hôtesses de l’air embauchées au Caire, à Damas ou à Amman parce qu’elles sont belles, à qui ont fait porter des hijabs
approximatifs pour faire « comme-si », à qui ont fait servir des plateaux-repas halals de leurs mains manucurées. Des cadres portant une barbe taillée au laser, pensant qu’ils se sont accomplis
en tant que Musulmans depuis qu’ils ont remplacé leur sonnerie de téléphone par le dernier chant islamisant à la mode et que leur 4*4 américain a été acheté avec un « crédit-islamique ». Tout un
programme.
À Londres, c’est une autre histoire. Si les gens semblent nous laisser en paix avec notre Islam, ce n’est pas parce qu’ils nous acceptent, mais plutôt parce qu’ils sont indifférents. Bien sûr,
cette simple indifférence est déjà un bien pour nous, en comparaison d’une France où il faut tout justifier de notre appartenance et où il faut aujourd’hui débattre de ce qu’est l’identité
nationale, avec en ligne de mire, une fois celle-ci établie noire sur blanc, la possibilité d’exclure ceux qui ne s’y conformeraient pas.
Pour les femmes musulmanes qui quittent la France quand elles se sentent rejetées professionnellement, le rêve vire parfois à la galère : à celles qui portent le hijab en France, on explique
qu’il faut faire du télémarketing, même si elles ont un doctorat. Elles ne sont pas « montrables » aux clients. Et comme, dans le même temps, on explique à tout le monde qu’il faut absolument
réussir professionnellement pour être reconnu et s’épanouir dans la vie, on a vite une idée de la frustration que cela peut générer de « ne pas avoir de job ». On voit ainsi des femmes quitter
leur famille et leur entourage à l’issue de ce parcours, leur vie rangée dans quelques valises, un billet d’Eurostar à la main et plein d’espoirs dans le cœur. Une fois à Londres, les idées
reçues volent en éclats : la recherche d’un appartement se solde souvent par un échec. Au mieux une collocation entre filles, dans la plupart des cas un lit sommaire dans une auberge. Les
économies y passent, tandis que la recherche d’un job n’est pas vraiment plus réconfortante. Comme à Paris, les réseaux, les diplômes et l’expérience font la différence et il n’y a pas, à
proprement parler, de « rêve britannique » pour les Musulmans de France.
Ceux et celles qui réussissent à Londres ne doivent pas perdre de vue que leur petit confort est bien précaire et qu’il ne représente nullement le cas général des Musulmans de Grande Bretagne,
dont la plupart vivent dans des villes de province et pour qui la pauvreté, la délinquance, la drogue et l’exclusion de la bonne société britannique sont des combats auxquels la majorité d’entre
eux doivent faire face.
Trouver notre place ici
Bon, d’accord. Les issues qu’on avait entrevues ne sont pas forcément si prometteuses qu’on l’espérait alors que faire ?
À l’heure qu’il est, on renvoie nos frères dans des charters. On les laisse dormir dans des abris de tôle à Calais, dont on les chasse par intermittence pour faire travailler les journalistes. On
exclut nos sœurs de l’école si elles portent le hijab. On enseigne la fierté d’être Français par la mythologie de Charles Martel. On discute de l’identité nationale pour la figer dans le drapeau
et la marseillaise, mais tant que ce rouge porte autant de sang et tant que cet hymne résonne encore comme le chant des colons, nous restons des indigènes. On en est là, très précisément.
Indigènes, comme un enfant à qui l’on brode « mange sans porc » sur sa blouse en dernier recours au repas unique des cantines scolaires dans la France des années 80.
Indigènes, comme une femme qu’on refuse de marier le jour tant attendu parce que sa robe de mariage est complétée d’un foulard blanc qui entoure son visage souriant comme un écrin.
Indigènes, comme à chaque fois qu’on rentre dans une boutique et qu’on se sent obligés d’être plus polis que les autres pour ne pas attirer les suspicions.
Indigènes, quand au comptoir d’un service public, on renvoie ta mère sous prétexte qu’elle fait des fautes de français même si ce n’est pas vrai.
Indigènes, parce qu’on sent au fond de nous qu’on ne sera jamais acceptés tels qu’on est. Sous couvert d’intégration, les rapports entre nous sont encore marqués de l’héritage des colonies, qu'on
le veuille ou non.
Pas convaincu ? Demande à Djamel Debbouze s’il ferait autant rire la France si ses parents étaient originaires de Pontarlier.
Tant que la France n’aura pas accepté son nouveau visage quand elle se regarde le matin dans le miroir, elle ne risque pas de retrouver le minimum d’estime de soi nécessaire pour relever la tête
et aller de l’avant. Dans ce miroir tant redouté, ce qu’elle voit est une belle mosaïque colorée.
Qu’est ce que l’identité nationale ? Le dernier mythe d’une civilisation qui vit dans un autre siècle, vestige d’un autre temps dont ils ont la nostalgie. Sauf qu’à trop chercher dans ce sombre
passé, il risque de revenir comme un boomerang tranchant en pleine tête.
Et nous dans tout ça, qu’est ce qu’on fait ?
D’abord on commence par prendre conscience qu’on fait partie de la France, où plutôt qu’on fait la France. Nous sommes une partie de la France. Chacun de nous représente 1/60 000 000ème de
l’identité de ce pays. Si cette expression identitaire va dans le sens d’un changement ethnique, culturel ou religieux alors ceux qui écrivent les livres d’histoire doivent en prendre acte et non
essayer d’écrire le roman de leurs rêves d’antan.
Ensuite, comprendre que nous n’avons plus à être des victimes. Nous n’avons plus à subir les injustices que nos parents ont dû tolérer sous peine d’être renvoyés ou pire…d’être jetés à la
Seine.
Pour reprendre l’idée de Malek Bennabi sur la colonisabilité: si les peuples d’Afrique on été colonisés, c’est qu’ils étaient « colonisables », c’est à dire qu’il n’étaient pas en résistance
forte face à l’idéologie et aux armées coloniales. De la même façon, si nous sommes lésés aujourd’hui dans notre identité, c’est que nous ne sommes pas particulièrement réfractaires au système de
valeurs qui nous est imposé, ainsi qu’à nos autres concitoyens, par les moyens et les subterfuges les plus odieux. Du système bancaire spéculatif à la criminalisation des immigrés, tous ces
problèmes auxquels notre société doit faire face aujourd’hui sont les manifestations factuelles du même mal, de la même idéologie.
Face à cela, c’est notre complexe d’infériorité que nous devons soigner en premier : le fameux syndrome du Musulman Undercover.
Je sais que c’est une idée difficile à comprendre pour beaucoup de lecteurs non-Musulmans (ça et le côté très revendicatif de certaines de mes positions), mais c’est quelque chose de profondément
ancré en nous depuis notre enfance, en grande partie du fait de la situation de nos parents – souvent perçue par eux comme plus précaire qu’elle ne l’était réellement.
Une des consignes principales que les enfants d’immigrés ont reçu étant enfants est : « ne fais pas d’histoires, même si tu as raison ! ». Si on ajoute à celà les discriminations et les formes de
racisme ouvert qui étaient à l’œuvre dans les années 80/90, on a une idée du bain dans lequel notre identité s’est formée. Ces précédentes formes de racisme ont depuis tendance à se résorber puis
à s’exprimer sous une forme anti-religieuse plutôt qu’envers des groupes ethniques particuliers, sous couvert de « laïcité ». Une laïcité à laquelle on fait dire à peu près ce qu’on veut. Au fil
du temps, forcément, ça crée un état d’esprit particulier chez nous… celui du Musulman Undercover, comme infiltré, soumis, précaire, prêt à tout pour être toléré, accepté, aimé.
Dans la vie du Musulman Undercover, il y a plein de challenges palpitants :
Quand sa maman l’appelle au bureau pour prendre de ses nouvelles et lui dit « salaam alaikum ! », il se retrouve pendu au téléphone au milieu d’un dilemme existentiel : d’un côté, c’est sa maman
chérie qui l’appelle et il a envie de lui répondre « wa alaikum essalaam maman !» mais, s’il fait ça, il sera grillé en tant que Musulman puisque tout le monde écoute tout le monde dans
l’open-space où il travaille. Il finit par marmonner un « wkm slm mman » dans sa barbe (au sens figuré, la barbe ☺, c’est quand même une grande entreprise dont on parle, non mais oh…).
Pourtant, ses collègues et amis savent déja probablement qu'il est un Musulman parmi tant d'autres, mais ce comportement étrange leur fait sentir qu'il y a quelque chose de tourmenté dans son
appartenance.
Quand le repas du midi arrive et qu’il s’agit de bien gérer la stratégie des alliances politiques du déjeuner, il a du mal à dire qu’il ne peut pas aller au bistrot parce qu’il n’y a rien au menu
qu’il puisse manger. Ça lui est plus naturel de dire qu’il n’a pas faim plutôt que d’expliquer son régime alimentaire à ses collègues et de trouver ensemble un endroit qui convienne à tout le
monde. De temps en temps, il a de très mauvaises surprises au restaurant, et cela même quand il commande du poisson. Vin blanc et lardons ont tristement tendance à venir infiltrer de nombreuses
recettes traditionnelles. Une espèce de martélisme culinaire en somme (je nomme « martélisme » toute tentative fantasmée de résister à la présence musulmane en Europe).
Suivant le même esprit, c’est plus facile de présenter le mois de Ramadan comme une pratique bonne pour la santé que comme une exigence religieuse ; plus simple, lors d’un cocktail, de dire qu’on
a pas soif plutôt que de dire que l’Islam interdit la consommation d’alcool, etc.
Même quand le Musulman Undercover se lance dans le travail associatif et essaie de changer les choses, il se retrouve à reproduire les mêmes complexes. Pour présenter le travail de son
association, il écrira peut-être un texte du genre :
« Nous souhaitons développer des modes d’échange pour un meilleur vivre ensemble et mettre en avant les valeurs universelles d’humanisme et de compréhension mutuelle pour les générations futures
(…) Nous développons des activités culturelles et sommes à la recherche d’expressions d’une spiritualité multiple fruit de différentes influences (…) Quelle que soit la sensibilité de chacun,
nous visons l’épanouissement des individualités autour d’idées communes… »
Bon, tout ça c’est bien mignon, mais on a toujours l’impression que ce genre de confiture verbale a été écrite avec à l’esprit la crainte suivante : « pourvu qu’ils ne se rendent pas compte qu’on
est Musulmans !».
Comme si l’appartenance à l’Islam était perçue, par nous en premier, comme un facteur disqualifiant.
Bien entendu, les médias, ainsi que les groupes islamophobes et anti-religieux alimentent tout cela, mais mon argument est simple : n’y ajoutons pas notre part en entretenant les complexes fruits
de notre passé. A force de vivre cette part de notre identité comme quelque chose dont il faut se cacher, pas étonnant que les autres y voient quelque chose de peu honorable, puisque nous ne nous
montrons pas honorés.
Dépasser ce stade, c’est ne plus être victimes et être prêts à jouer pleinement notre rôle dans la société française : lui donner toutes nos forces quand elle va dans le sens de la justice, de
l’entraide, de la fraternité comme elle l’a parfois fait durant son histoire, mais également résister aussi fort et aussi ferme que possible quand cette société nous fait honte, quand elle
exclut, quand elle spolie, quand elle cautionne les injustices. Alors seulement, et avec pour condition cette équité, on pourra dire qu’il y ait quelque raison d’être fiers d’appartenir à la
France en tant que nation.
Quant à ceux qui craignent que nous soyons présentés une fois de plus comme les épouvantails de l’intelligentsia bien-pensante, je rappelle que cette microscopique minorité n’existe que dans les
cercles autorisés du pouvoir politique et médiatique, même si elle espère influencer le reste du monde.
La réalité de tous les jours, c’est que les personnes d’autres confessions de notre génération ont partagé tant de choses avec nous. On a grandi ensemble, mangé des Flamby ensemble, on s’est fait
virer du cours de philo ensemble, punir pour devoir non rendu, collés samedi matin quand le soleil du printemps arrivait, ensemble. On a convoité les mêmes baskets, squatté les mêmes parcs, joué
aux mêmes jeux vidéos jusqu’à pas d’heure, mangé les mêmes sandwichs, regardé les mêmes dessins animés sanglants. Il faut croire que ces hommes et ces femmes avec qui nous avons passé l’essentiel
de notre vie ne détourneront pas l’amitié et le respect qu’ils ont pour nous quand on leur expliquera, simplement mais du fond du cœur, que ce qui nous anime et explique l’essentiel du sens de
notre vie est notre foi : l’Islam.
wassalaam alaikum
Marwan
C'est pas n coup de gueule contre toi; c'est un coup de gueule contre les "fois peu musclées" ou les "fois musclées" qui se laissent opprimer.
Masha'Allah mon frere ce texte est magnifique !
Soubhana'Allahje ces dernieres je me suis dis que si je ne pouvais pas travailler avec mon voile je quitte la France pour l'Angleterre, certes elle nous offre beaucoup plus d'avantages que la France ! wa sOubhan'Allah
dans tous les cas nous vivons dans un pays mecréant donc nous seront récompenser auprés de notre Créateur ALLAH SWT wallahou3lem
Barak'Allah Oufik mon frere pour ce texte ainsi que la personne qui l'a écrit
wasalamou' 3alayik warahmatolah ewa barakatoho
Ah, nom d’un chien, que ça fait plaisir, de voir quelqu’un manier la langue avec autant d’aisance et d’élégance !
Ah, que je suis fier d’y déceler les traces de notre école républicaine, gratuite et obligatoire, et encore plus heureux que le signataire ait un prénom dont les consonances ne remontent manifestement ni à Clovis, ni non plus à Voltaire.
Je n’irai pas dire « c’est ça la France » (parce qu’hélas, ça n’est pas que ça), mais c’est ça la République. Je ne dirai pas « quel bel exemple d’intégration !». Intégration ? A quel titre serais-tu plus prétendant au doux nom d’intégré qu’un bachelier issu d’une famille de paysans incultes, qu’un fils d’une famille d’égoïstes travaillant dans l’humanitaire, qu’un enfant de facho militant à la L.C.R., que le rejeton d’une famille sympathique devenant un gros con. Non, tu es tout simplement un citoyen qui a fait son chemin et sa vie, la République y ayant contribué en t’offrant l’accès à l’instruction, à l’information, aux libertés fondamentales et à certaines autres (pardonne mon tutoiement très spontané, mais il est lié à la sympathie que m’a fait éprouver ton texte, et pardonnez l’usage importun du mot « con », mais je suis Toulousain).
Alors, par rapport à ton Islam, tu te plains, tu râles, ça ne va pas comme tu voudrais : bravo ! Ah, nom d’un chien (et je me retiens pour ne pas dire nom de Dieu, parce que je suis athée comme un caillou) si c’est pas Français, ça, de râler ! A faire figurer en tête de liste de cette crétinerie de définition d’identité nationale…
Hé bien oui, évidemment, ça n’est pas parfait. Hé oui, des couillons, il y en a partout. Chez les cathos, les musulmans, les commerçants, les intellos et même chez les athées ; Reprends un peu la lecture de ton texte, et réfléchis bien si dans quelques endroits, beaucoup d’endroits, tu ne peux pas remplacer musulman par noir, femme, homosexuel, handicapé, socialiste, supporter de l’O.M., ministre, SDF : on est tous une minorité quelque part. Tu parles de mode, comme quoi il est de bon ton dans l’air du temps de venir des cités pour pouvoir revendiquer légitimement. Moi je me souviens d’un temps où il ne faisait pas bon être pied-noir, harki, italien, portugais, espagnol, etc… Bien sûr c’est tout ce que l’on veut : injuste, désagréable, dégueulasse. On se fait jeter d’ici ou d’ailleurs parce qu’on est arabe, oui c’est vrai. Et pire que ça, même quand ça n’est pas la vrai raison, on ne peut s’empêcher d’y penser. Mais le temps fera son œuvre. Le temps viendra où Mounir ayant raté un examen ou n’ayant pas été embauché sera intimement persuadé, sans aide extérieure, que c’est parce qu’il a merdé, ou que le patron est un gros nul. Pas parce que ses parents sont tunisiens ou qu’il a un prénom arabe. Le temps viendra ou Djamil aura sa promo parce qu’il a été bon, pas parce qu’il remplit un quota. Et en ce temps là, peut-être, des Dimitri ou des Chang rempliront les cités, des Abdel et des Idriss voteront contre l’immigration.
La Nation, La République, ce sont de grands mots, ce sont de belles idées. Mais elles s’enfantent dans la douleur. Et je ne suis pas sûr que l’indifférence anglaise devant une bière tiède soit plus souhaitable qu’une bonne engueulade Française devant un cassoulet.
Tu m’as fait un grand plaisir, Marwan, et ton discours, sa liberté de ton et son éloquence portent la marque indélébile du sceau de nos valeurs, du moins telles que je les perçois. Sommes-nous tous les deux Français : incontestablement. De bons Français : qu’est-ce que c’est ? Des hommes libres : oui, des citoyens, assurément, du Monde, à n’en pas douter.
Evidement, si je réagis, c’est que je ne suis pas d’accord. Et, excusez moi, je le dis, avec mes mots, peut être maladroits, certainement avec des fautes, mais je ne suis pas écrivain non plus.
Oui, je suis française. Certains compléteraient ça par une précision que je trouve inutile de nos jours : « française d’origine française ». Mais comme beaucoup de « français » de ce type, nous avons donc été élevés par nos anciens qui avaient des valeurs bien encrées depuis des générations. Et bien sûre, comme il le dit dans cet article, ces valeurs ne sont pas forcément toutes très bonnes et sont certainement en grande partie obsolètes. Mais certaines de ces valeurs ont fait que la France est le pays le plus « social » et « accueillant » qui existe. Et il faut quant même avouer qu’on est bien nombreux, français ou pas « d’origine » à en profiter. Que certes, dans son passé la France a bien de vieux dossiers à se reprocher. Qu’elle a été un grand pays colonisateur et n’en a pas beaucoup de complexes….bref, c’est clair, personne ne dira que la France est parfaite. Mais c’est les origines de tout un peuple, ce sont ses valeurs, ses croyances, ses coutumes, ses préjugés, ses défauts ….C’est un peuple comme un autre, et j’oserai dire comme les musulmans. Mais il est vrai aussi, diamétralement opposé. Et ce monde idéal que l’auteur décrit ce n’est pas la France. Pour qu’il le soit comme il le souhaite, il faudrait partir de rien ; c'est-à-dire d’un pays sans passé. Et mélanger plusieurs religions, plusieurs ethnies sur le même sol, c’est de toute façon très compliqué.
J’y vois quant même une différence qui n’est pas des moindre, toute personne non musulmane qui vivrait dans un pays musulman devrait obligatoirement suivre les coutumes de celui-ci, même si elles sont à l’encontre de ses convictions. La religion musulmane, je pense, fait peur à cause de ses extrémistes. Et à juste cause, même si les autres comme les catholiques n’ont rien à envier côté horreurs de guerre dans le passé, actuellement la seule religion où son extrémisme est inquiétante pour les autres pays, c’est la religion musulmane. Les bouddhistes ne font pas peur, les cathos et protestants non plus (même si l’IRA est encore bien présente)…etc
Je suis en train d’essayer d’expliquer pourquoi les valeurs françaises paraissent si importantes pour un peuple qui actuellement recherche ce qu’il appelle son « identité nationale » ; mais je pense que mon discours ne sera pas compris non plus. Tant pi, j’aurai essayé.
Ce qui fait le plus polémique dans cette histoire, c’est que nous sommes en train de virer le débat sur comme on dit vulgairement les « blancs français » contre « musulmans français » !
Et les autres ? Les autres « origines étrangères » ? Pourquoi ne se plaignent-elles pas ? Et bien je pense qu’ils doivent partir du principe qu’ils sont dans un pays différents de celui de leurs origines et font ce qu’ils peuvent pour s’acclimater. Ce qui n’est certainement pas facile de toute façon. Comment ferions-nous, qui que ce soit, en émigrant au Etats-Unis par exemple (je prends cet exemple car c’est le cas d’une personne de ma famille) ? On ferait comme les autres là-bas, on se débrouillerait avec les coutumes du pays accueillant.
En ce qui concerne ce sentiment d’exclusion qu’un musulman ressent en France, il faut savoir que notre model social en France a été condamné récemment pour avoir défavorisé les personnes « d’origines françaises » vis-à-vis des lois sociales françaises (je pense que je n’ai pas besoin de développer cela pour prouver mes propos, malgré que les médias ont refusé d’en parler, tout le monde est au courant). Personnellement, et comme beaucoup de gens de mon entourage, je n’ai jamais été raciste envers une ou des origines étrangères mais que mon origine française, par contre, mon nom trop français et ma couleur m’ont posé souvent bien des tors. Enfant, comme les autres, je me suis fait traitée tous les jours de sale française, j’avais plutôt intérêt de « longer les murs » dans les couloirs de l’école, ne pas me la « ramener ». Quand je rentrais chez moi le soir, il valait mieux que je contourne la cité juste en face ou que je me fasse accompagner par un ami (marocain) qui me traduisait souvent les insultes qu’il entendait si on m’apercevait. Et maintenant, adulte, lorsque j’ai eu besoin à deux reprises des services sociaux pour m’aider, deux assistantes sociales m’ont répondu très clairement : on ne peut pas grand-chose pour vous mademoiselle, vous n’êtes pas d’origine étrangère….ou mieux : vous vous appelleriez Ben….ça passerait dans les cases !! Vous n’êtes pas dans le besoin ! (non bien sûr, mère célibataire avec deux enfants à charge et sans emploi…) …etc. Et j’en passe !! Et l’ANPE tien, eux ce n’est pas mieux non plus, pour avoir accès à certains contrats d’embauche spécifiques pour les chômeurs de longue durée, les conditions d’accès sont différentes si on est d’origines étrangères (et encore, pas n’importe laquelle !) : 1 an en général de prise en charge ou alors il faut être étranger (ou être sortit de prison aussi) Pas mal…Ce ne sont que les premiers exemples qui viennent à l’esprits, mais il y en a tellement d’autres…Et on se demande pourquoi certaines personnes, pas très « ouvertes » faut dire, en deviennent racistes….Moi je trouve que c’est nul mais très étonnant finalement.
Ah c’est sûr, ce sont des exemples comme ça qui font une mauvaise image des musulmans en général. Mais si plutôt on se demandait vraiment pourquoi cette mauvaise image est venue comme ça. Et si les musulmans pouvaient paraître moins « hostiles » aussi quand on les croise en groupe dans une rue un peu trop exiguë ; les gens n’auraient pas un autre regard ? C’est juste une idée, à vous de la prendre ou de la laisser…